Le printemps revient et moi avec lui. Je t’ai lâchement lâché, trop occupée que je suis à mener une expérience sociologique sur les relations interculturelles entre les Néerlandais très beaux et les françaises très drôles et surtout très intelligentes. Cette expérience est pour le moment concluante et je n’écume plus les bars en pleurant mon amour perdu, mais elle est aussi extrêmement chronophage car la recherche ethnologique demande que l’on s’y consacre à plein temps. Je sais que là tu te dis : Mon Dieu cette personne est tellement dévouée à ses lecteurs qu’elle n’hésite pas à mouiller sa propre chemise pour nous relater des anecdotes toujours plus pointues sur notre terre d’accueil. Tu ne crois pas si bien dire, et c’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui j’accepte de revenir sur certains évènement douloureux qui ont pourtant contribué à faire de moi la femme que je suis devenue : la visite d’endroits horriblement nazes. Ainsi tu pourras t’éviter à toi et à ta visite printanière annuelle une déconvenue qui pourrait avoir raison de tes amitiés, et comme tu es un mec sympa tu pourras partager cet article pour prévenir les touristes innocents qui foulent notre sol batave persuadés qu’ils vont s’en payer une bonne tranche.

Je tiens cependant à admettre publiquement que je ne dois m’en prendre qu’à moi même, j’avais des doutes concernant tous ces lieux mais j’y suis allée quand même. Parfois le goût de l’aventure est plus fort que tout.

Le Moco : Ou comment j’ai perdu 12 euros et 30 minutes de ma vie que je ne reverrai jamais.

andy5-970x630

Comme Amsterdam est une ville qui manque clairement de musées en tous genres, je comprends le mec qui a créé le Moco. Le gonze s’est dit “Grandieu, il n’y a vraiment rien à faire dans ce bled, je vais leur en mettre plein la vue avec mon concept novateur : Un musée d’art Moderne sur Museumplein! Les touristes seront épatés!”.

Le problème c’est qu’après avoir payé le loyer (le Moco est situé dans un wannabe manoir de plusieurs centaines de mètres carrés en plein milieu de Museumplein : je suppute que vu la crise du logement actuel, le montant des charges mensuelles s’élève à environ un million de dollars) il ne reste plus rien pour investir dans des oeuvres d’arts correctes.

Qu’à cela ne tienne! Ce qui est bien avec l’art contemporain c’est qu’il suffit de bricoler un petit quelque chose pour s’en réclamer. Tu saupoudres le tout d’un peu de poussière de concept et te voilà prêt à réclamer 12 balles à de pauvres victimes innocentes pour leur montrer… quoi au juste? L’extrême prétention de l’équipe de presse en charge du bordel nous affirme qu’on va pouvoir admirer de l’art urbain. En effet, un faussaire peu scrupuleux s’est amusé à reproduire des oeuvres de Banksy sur de la vaisselle et des cartes postales. A ce stade de l’histoire, tu notes le potentiel hautement subversif de la petite manoeuvre. Des fois au détour d’une salle, comme les mecs ont vachement d’éthique, tu tombes sur un bout de mur dérobé dans une ville où l’artiste a eu le malheur de “poser” parce que le street art dans son milieu naturel c’est bien mignon mais ça ne rapporte pas beaucoup! Dommage que ce soit pourtant tout ce qui le caractérise et que par essence on ne puisse pas enfermer des oeuvres street arts entre quatre murs sous peine de les dénaturer, elles et l’artiste qui les a crées.

Que faire à la place : Comme c’est le printemps et que la température est souvent douce, muni toi de tes petites pattes et pars à l’aventure dans les rues Amstellodamoises. Lève la tête, pénètre dans les arrières cours des immeubles, flâne, emprunte le ferry qui va à NDSM, bref ballade toi en suivant les quelques conseils distillés sur cette page : le Street Art à Amsterdam. Tu ne débourseras pas un centime, tu découvriras la ville d’une manière originale et tu me feras plaisir!
Si tu as envie de te faire un musée d’art moderne et que tu es devant le Moco, retourne-toi, parcours 200 mètres sur la gauche, te voilà devant le Stedelijk. Alors oui le Stedelijk n’a pas l’attrait de la nouveauté, il trône en maître sur la place depuis des plombes et son équipe communication n’est pas exclusivement composée de membres de la génération Z boostés à Snapchat. Mais il s’agit d’un des plus beaux musées d’art moderne du monde. Je dis ça, je ne dis rien, comme disent les gens aigris.

 

Le quartier rouge, une excellente alternative à la castration chimique

 

redlight

Quand tu es un touriste et que tu penses à Amsterdam, tu fantasmes à mort. L’idée de pouvoir arpenter le quartier rouge et potentiellement avoir un rapport sexuel tarrifié un peu naze avec une fille que tu dégoûtes pour d’évidentes raisons a quelque chose de très excitant, je te l’accorde. Comme tu viens d’un pays où tout un tas de trucs sont interdits au nom d’une morale douteuse et obsédée, tu te dis qu’en foulant le sol batave tu vas pouvoir te lâcher sans risque. Du coup tu es extrêmement déçu quand tu te rends compte que les seuls à “être trop des oufs” dans les rues c’est les touristes avinés comme toi. À un moment tu croises une bande de gueulards dans le quartier rouge, les gars se tortillent en faisant des gestes obscènes devant une vitrine où une prostitué fait semblant de ne pas avoir envie de foutre son poing dans leur tronche. Tu te sens soulagé, il s’agit d’autochtones, tu le reconnais à leur dialecte barbare. Seulement après analyse minutieuse,  la bande de soulard s’avère être française, c’est simplement que leur taux d’alcoolémie ne leur permet plus de communiquer de façon intelligible. Le plus soûl d’entre eux entreprend de pisser dans le canal et deux secondes plus tard les flics se radinent et embarquent tout ce petit monde. Super ambiance dans le redlight district!

En errant dans le “lieu de débauche” tu te retrouves confronté à une humanité que tu aurais aimé ignorer, et dont tu as honte de faire partie. Tout le monde arbore un bonnet d’inspiration péruvienne en laine avec écrit Amsterdam dessus. La plupart des gens sont ivres et ceux qui ne le sont pas serrent fort la main de leur partenaire en jetant des regards inquiets à la ronde, cherchant désespérément un moyen de se tirer de là.

Mais bon : On est là pour rigoler ou on n’est pas là pour rigoler? Alors à ce moment précis la rigolade sent l’urine et le foutre, elle est crasseuse et donne envie de s’arracher les yeux pour éviter les sanglots d’abonder, mais on ne peut pas aller à Amsterdam sans visiter son quartier rouge et ses sex-shops qui exhibent des machines de guerre qui ont traumatisé les sexophiles les plus aguerris, non? Si.

Ce quartier présente pourtant un certain avantage pour les addicts au sexe ou ceux qui veulent préserver leur vertue pour quelque raison que ce soit : une exposition prolongée (supérieure à 30 secondes) au quartier assure une aversion pour les choses coquines pouvant s’apparenter à un PTSD longue durée. Extrêmement pratique quand on ne supporte aucun contraceptif mais qu’on ne desire pas pour autant porter la vie ou contracter une maladie sexuellement transmissible.

Que faire à la place : Une balade à vélo sur les iles environnantes. L’effort physique permet de soulager la pression sexuelle et l’air du large permet de purifier un métabolisme souillé par quelques minutes dans le gouge suscité.
Prendre une longue douche chaude et se badigeonner d’eau de javel.

Le Keukenhof : L’arnaque malgré elle

 

la-tr-d-van-gogh-keukenhof-20150503

Je le dis tout de go, tout ça c’est de la faute de Buzzfeed. C’est des malins chez Buzzfeed, ils embauchent les meilleurs photographes du monde, ils photoshopent à tout va et ils te font croire que tout est normal. Du coup toi tu tombes dans le panneau devant les  images de rivières de fleurs bordées de sous bois broussailleux juste ce qu’il faut pour te ramener en enfance quand tu t’inventais la jungle Amazonienne en Picardie grace à des bosquets touffus de carottes sauvages
Tu te demandes donc où on peut trouver cette merveilleuse nature et la légende de la photo t’indique : Le Keukenhof.

Comme google ce n’est pas fait pour les chiens tu regardes, il s’agit d’un jardin un peu magique (enfin c’est ce que tu en déduis en lisant “parc floral” parce que tu n’as jamais été très calé en vocabulaire) qui n’ouvre que de Mars à Mai. La courte période d’accès te rend fou : plus quelque chose est difficile à obtenir plus il te le faut. La nécessité de visiter ce lieu paradisiaque deviant intolérable quand tu réalises que ce contact Facebook qui fait toujours ce que toi tu aurais rêvé de faire sans jamais oser, a visité le Keunkenhof la semaine dernière, LUI. Ni une ni deux tu achètes ton billet.

Pour ajouter un peu à sa légende (attention à la déception mon petit pote, ça va piquer) l’endroit n’est accessible qu’en voiture ou en navette. Alors tu montes dans un bus à départ de Schiphol qui n’a rien à envier aux wagons à bestiaux utilisés lors des heures les plus sombres de notre histoire et vogue la galère, debout pendant 40 minutes, les coudes de tes voisins confortablement incrustés dans tes oreilles et ton nombril. Vu la densité de population dans le véhicule tu remercies en silence les lois qui imposent aux gens de se laver minutieusement avant de pénétrer un espace public clos. Ah mince, il n’existe aucune loi de cet ordre-là, dommage pour toi.

Après moult péripéties te voila devant l’habitacle. Ça te fait du mal de l’admettre mais tu commences à te méfier. Tu pensais débarquer dans le jardin anglais d’une héroïne de Jane Austen mais les tourniquets automatiques gérant le flux continuel de visiteurs fleurent bon Dysneyland Paris. Comme une adolescente à qui le premier amour vient d’annoncer qu’il préfère se tirer avec sa soeur, tu te demandes quel procédé magique va retourner favorablement une situation pourtant terriblement mal engagée. Tu trembles un peu en longeant trois autocars devant lesquels des mecs avec des bobs et des sandales à chaussettes baffrent des Pringles et des tranches de mortadelle mais tu tiens bon et pénètres finalement à l’intérieur du parc d’attractions de la tulipe.

Puisque c’est tout bonnement de cela dont il s’agit.

Pendant les trois heures qui suivent (le parc n’est pas si grand mais la foule compacte t’empêche d’avancer à ton rythme et il faut souvent faire la queue pour admirer les parterres les plus sophistiqués : des jardiniers surdoués ont même planté une image tulipière de Vincent Van Gogh parce que EH OH on est aux Pays-Bas ici) tu vas trimballer ta carcasse dans un parc coloré et atrocement aseptisé et si tu parviens à jouer des coudes tu arriveras même à approcher à moins de 300 mètre de distance deux ou trois rosiers. TOP man!

Que faire à la place : Passer sont après midi à l’Amstelpark qui propose aussi, et gratuitement, une sélection de jardins et de parterres de fleurs sublimes au printemps tout en offrant aussi des recoins plus sauvages et moins fréquentés.
Visiter le Tropen Museum, pour en savoir plus sur l’espèce humaine et ses traditions.

Et toi? Quels sont les lieux que tu ne recommanderais sous AUCUN prétexte même à ton pire ennemi?

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

clear formSubmit