Je te parlais l’autre fois des burgers bars de mon quartier.
Je t’avais aussi parlé du sea-food bar et nous en étions venus à la conclusion que quand tu apposais le mot “bar” à un terme qui n’avait aucun rapport avec une boisson alcoolisée c’était louche.
Ces articles désabusés dénonçaient déjà une gentrification larvée qui s’étendait dans ton quartier comme une épidémie de peste au  XIV siècle.

Mais comme te diraient les planqués à l’ombre en 1943, on ne s’offusque que de ce qui nous désavantage directement et il faut bien reconnaitre que la gentrification systématique du voisinage s’accompagnant souvent d’ouvertures de bar à craft beer et d’endroits ou manger burgers et de tacos (tu aimes la craft beer, tu aimes les burgers et tu aimes les tacos..) tu ne dis pas grand-chose et en pense encore moins. Ce n’est pas poli de parler la bouche pleine.

Une balade dans l’ultra-centre ces derniers jours (comprendre : Le Redlight) confirmera tes doutes.
Il y a dix ans, se trimballer dans le redlight à la tombée de la nuit avait un côté transgressif et pouvait s’avérer dangereux. Tu ne pouvais pas faire un pas sans te faire alpaguer par un Junkie qui avait endossé pour l’occasion un costume de dealer et qui voulait te vendre 1 gramme de paracétamol réduit en poudre en te faisant croire qu’il s’agissait d’autre chose. Des hordes d’anglais ivres morts tombaient régulièrement dans le canal sous les regards illares de prostituées dont le visage ravagé par la vérole empêchait d’en déterminer l’âge précis et les sexshops alentours exhibaient des machines et autres appareillages inquiétants qui ne laissaient substituer aucun doute quant au côté létal de la chose.

C’était marrant, c’était le bon temps.

Quand tu es retournée te balader dans le coin la semaine dernière, tu as constaté que tout avait changé : l’odeur de pourriture avait été remplacée par un parfum de rien du tout, les vieilles cocottes avaient laissé leur place à des bombes et les travestis se planquaient sévères.
Les sex-shops se sont transformés en… bars à sex-toys et si les Anglais sont toujours légion dans le patelin, les travaux sur le canal central préviennent les chutes ou les rendent beaucoup moins amusantes (un mec empalé c’est moins rigolo qu’un mec qui nage, tu en conviens et si tu n’en conviens pas je préférerais que nous restions loin l’un de l’autre, merci).

Je t’ai parlé brièvement d’un restaurant espagnol qui se trouvait sur lange Niezel, cette petite rue étroite qui grouille d’une faune inidentifiable jonglant entre les marchands de souvenirs en forme de Zizi, les épiceries de nuit (qui ne vendent dorénavant plus d’alcool a la tombée du soir) et les coffees-shop lounge (Coffeeshop-lounge : terme masculin, signifiant “coffeeshop dont on a tapissé les murs avec du velours rouge pour que ce soit romantique et que tu puisses pecho). Eh bien le restaurant n’existe plus. Peut-être qu’il y a une bonne raison à cela, peut-être que l’établissement n’a pas passé l’épreuve de la Smaak policie et qu’en se sustentant à la Cientra tu courrais le risque de te retrouver flanqué d’un bébé salmonellose alors que tu t’étais mis d’accord pour ne pas adopter d’animal de compagnie tant que tu habitais dans un deux pièces exigue. Dans ces circonstances hypothétiques (tu ne sauras jamais), l’extinction du lieu s’explique … Seulement ce haut bastion de la gastronomie espagnole n’a pas été remplacé par un bordel ou une salle de shoot mais par in énième restaurant de la chaîe Cannibale Royalalter ego de notre hippopotamus français mais qui base son concept sur une ambiance “coloniale-inquiétante” (Poupées vaudoues, photos postmortem Victoriennes) et qui propose des … BURGERS!

 

cannibale-royale-1

Cannibal Royal, le temple du burger inquiétant.

 

Le Korsakoff a essayée de nous prévenir, nous ne l’avons pas écouté:

Le changement urbain n’a pas été soudain et pour que les détracteurs des foutoirs cracras et malodorants se soient sentis pousser des ailes au point d’installer un Cannibale Royal au milieu du quartier rouge, la menace devait gronder depuis déjà trop longtemps.Le phénomène n’est pas apparu au moment où nous avons tous décidé d’arrêter le lait de vache et le gluten. Ces nouvelles habitudes de vie “healthy” fonctionnent en vases communiquants avec l’ambiance extérieure.

Quid de l’oeuf ou la poule? Es-tu responsable de l’extrême changement urbain? Ou ce changement influence tes nouvelles habitudes?

Le Tripel c’est un peu mon MacLarens personnel. Le cadre n’a aucun intérèt, les serveurs sont fatigués mais j’y ai passé tellement de soirées a boire de l’Orval et de la craftbeer qu’à force je me suis attachée. Car, bien entendu. le Tripel est un bar à bières. Sa particularité (La seule et unique par ailleurs) c’est qu’il est construit sur un cimetière de teufeurs en déroute.

Personne ne se souvient clairement du club underground “Le Korsakoff”, puisque personne, jamais, n’y est entré complêtement sobre. Si tu es en terre batave depuis suffisamment longtemps, tu gardes un souvenir obscure de cet établissement nocturne qui ressemblait à s’y méprendre à la cave de Wolfgang Pinklopil et dans lequel tu finissais toujours par atterrir bien que tu te sois fais la promesse les fois précédantes de ne jamais y remettre les pieds.

Le Korsakoff ressemblait à la vraie vie, pas à celle que l’on voit dans les magazines, les blogs lifestyle ou les séries télévisées, avec de beaux protagonistes perpétuellement tirés à quatre épingles même quand il est 2 heures du matin et qu’ils entament leur onzième IPA. Non, celle qui sent le fauve passé 18 heures même si tu as mis du déodorant le matin, cet espèce de tourbillon absurde où tu ne sais jamais trop si tu dois pleurer ou rire aux éclats parce que c’est le bordel et que quand tu cuisines, tes muffins ressemblent à des bouses de vaches et que quand tu te lèves le matin tu fumes des clopes au lieu de faire du yoga et que ton manteaux primark acheté il y à trois semaines est déjà plein de trous et en plus tu viens de te foutre de la mayonnaise (parce que dans la vraie vie des fois tu manges un sandwich au thon en guise de petit déjeuner) sur ta chemise fraîchement repassée (non) alors que tu es dans le mauvais train et que tu ne seras de toutes façons pas à l’heure pour ton entretien d’embauche.

Le Korsakoff c’était un lieu d’une imperfection tellement flagrante qu’il agaçait parfois, mais qui compensait à l’aide d’une authenticité bordélique et d’une âme grosse comme l’égo de Nicolas Sarkozy (Une âme totaleme psychotique, je te l’accorde mais enfin…). Une âme qu’on ne retrouve pas au Tripel, ni chez Cannibale Royal, ni même chez Soul Burger (Alors que ces nazes essayent de nous leurrer avec un nom mensonger).

 

img_0208

Il y a encore deux semaines, se tenait ici un kebab / sexshop / magasin de pièces détachées informatiques à la provenance douteuse. Pénétrer dans l’échoppe te donnais l’impression de vivre dangereusement. Aujourd’hui tu manges des tacos sans risquer de mourir empoisonné à chaque bouchée mais tu ne vibres plus.

 

Ne te sens pas coupable.

A l’heure où je t’écris ces quelques lignes je suis en train de m’envoyer un petit chai-tea avec du lait de coco, hier j’ai cherché pendant trois heures les “Crumpet sans gluten” chez Mark & Spencer et j’ai ressenti une espèce de grande tristesse en réalisant qu’ils n’en avaient plus (et une joie sincère en comprenant que en fait si, ils en avait encore), pas de paille dans ton oeil poutre dans le mien ici.
Je ne te jette pas la poignée de gravier ni ne t’impose de quitter immédiatement tes habitudes lifestyles qui t’empêchent de souffrir de gueule de bois 6 jours sur 7.

Je t’invite seulement à rester attentif, et à réflechir afin que les établissements qui subsistent encore : ex : Le Sterk (le meilleur night-shop de l’Ouest, qui te propose TOUTES les boissons du monde) ne disparaissent pas et que le centre ville ne devienne pas un lieu uniforme uniquement destiné à une population aisée.

On a déjà perdu l’Energy Dictator sur Tenkatenstraat et j’aimerais l’hécatombe s’arrête!

 

energy-dictator

L’énergy-dictator, tel qu’il se définit lui même, c’est le type qui tient l’épicerie de nuit sur Ten Katenstraat et qui se spécialise en energy-drink. Cet endroit c’était un peu notre lueur dans la nuit, l’auberge au fond des bois, le radeau de la méduse qui flotte encore… Malheureusement suite à un changement de léglisaltion l’Energy Dictator n’a plus le droit d’ouvrir le soir. Il aurait du se spécialiser dans les Craft-beers plutôt que dans le red-bull. Comme quoi un seul choix inconsidéré peut te conduire à ta perte.

 

Vive la mixite!

 

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

clear formSubmit