Il y a quelques années tu as décidé de quitter la France. Que ce soit pour tes études, pour travailler, ou parce que Paname en 2008 ça n’était pas évident, tu es devenu un expatrié (tu as de la chance d’être français, sinon on t’appellerait migrant et ça serait nettement moins rigolo pour tézigue). Tu apprends régulièrement dans les journaux que tu es marié à un riche industriel et que la Nanny et le cuisinier sont compris dans le plan déménagement. Alors tu regardes autour de toi, et comme ton appartement fait 35 mètres carrés tu te dis que c’est une bonne chose que tu n’aies pas rencontré de riche industriel, vous auriez été à l’étroit.

Comme tu es un expatrié de ceux que les journaux auraient appelé migrant si tu avais parcouru 1000 kilomètres de plus pour en arriver là, tu es lâché dans la nature sans formation préalable. Alors tu apprend sur le tas.
Heureusement, tu es plein de ressources et tu te glisses rapidement dans la peau du parfait local en arborant fièrement les couleurs de ton nouveau pays (Rouge quand il fait très chaud -15 degrés-, blanc quand il fait froid  et bleu quand tu te les pèle sévère).

Pourtant pour le reste du monde tu restes un français, et c’est beaucoup de pression au quotidien.
Je vais donc rédiger une petite série d’article afin d’évoquer les quelques rumeurs qui circulent sur le compte de nos compatriotes undercover en terre lointaine.

 

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Le Français et la gastronomie.
Ce que raconte la légende:

la gastronomie française est inscrite au patrimoine de l’UNESCO, tu ne penses donc pas te tromper quand tu affirmes que “la bouffe française” est la meilleure au monde. Une vie sans foie gras ne vaut pas vraiment la peine d’être vécue. Une vie sans bon vin non plus. Tu as donc toujours sous le coude (littéralement) une baguette, un saucisson et une bouteille de picrate. Pour déguster le tout, tu étales une petite nappe à carreaux Vichy sur l’herbe gelée (Novembre les gars) et tu revêts ton plus beau béret. Ensuite tu commentes le vin en lançant des termes oenologiques savants ponctués de “raaaahh oooohh oh oh croissant!”. À un moment tu es soûl. Parce que français ou pas, si tu t’enfiles une bouteille de pinard en solo tu termines pompette. Mais ce n’est pas grave, cette ivresse te donne des ailes et te voilà en train de causer produits terroirs à un auditoire médusé par tant de culture gastronomique.

Quand tu n’organises pas de petits piques niques improvisés au bord de la seine (c’est ainsi que tu as temporairement rebaptisé l’Amstel), tu es chez toi et tu cuisines du boeuf bourguignon et des financiers pour le dessert. Ton chef cuisinier imaginaire peut aller se rhabiller (de toute façon il aurait probablement été néerlandais alors si c’est pour manger du Stompot à tous les repas merci MAIS NON MERCI).

La légende veut aussi que tu manges moultes choses étranges. Mais toujours avec second degré. Quand les Néerlandais mangent de la bloedworst (saucisse au sang), toi tu manges du boudin, parce que tu ne te prends pas au sérieux. Tu réussi à insuffler de l’irrévérance jusque dans ton assiette d’andouille frites.

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Ca invente le foie de veau et le boudin industriel en tranche et après ça vient rigoler…

 

La vérité :

les Français ne pensent qu’à bouffer. Cela s’explique probablement par le fait que si tu ne bouffes pas… tu meurs. Et le français est comme les copains, il ne veut pas mourir. Il faut six heures pour préparer un boeuf bourguignon et 124 secondes pour confectionner un sandwich gouda salami.  Le Français a beau avoir le palet délicat, en cas d’urgence, il sait compter.

Tes parents se ravitaillaient quasi exclusivement chez Picard surgelé. La spécialité culinaire de ton père? Les pâtes au poulet, il appelait ça une timbale et en gros il mélangeait des restants de poulet rôti (livré à domicile la veille par une obscure compagnie de fast food répondant au nom d’Hector Poulet et qui faisait fureur dans les années 90 – ) avec des coquillettes et aspergeait abondamment le tout de crème fraiche.

Avec ta meilleure amie, vous aviez pour habitude de boulotter des crêpes fourrées au chocolat arrosées d’Ice tea. La préparation de ce petit gouter délicat prenait bien 30 minutes : 10 minutes pour aller chez Franprix, 10 minutes pour décider si cette fois-ci vous n’alliez pas plutôt choisir les sablés en forme de dinosaures et 10 minutes pour rentrer dare dare pour ne pas louper le début de “Hartley Coeur à vif“.

Je pense que si l’Unesco avait pris connaissance de ces petites combines, il aurait été moins prompt à nous classer nos habitudes alimentaires au patrimoine de l’humanité.

La question du fromage:

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Le fromage n’entre pas dans la catégorie nourriture. Ce serait faire beaucoup trop d’honneur a la nourriture. Je lui ai donc réservé le petit paragraphe qu’il mérite.

Ce que raconte la légende:

La légende voudrait que tu t’injecte ton claquos en intraveineuse à tout moment de la journée. Certains Américains t’auraient rebaptisé “fromage qui pu” en effet, ton odeur corporelle serait liée à ta passion pour le camembert cité plus haut (alors que tout le monde sait que si les français ne sentent pas bon, c’est uniquement parce qu’ils ne se lavent pas).

Oh… soupir agacé, toi et ton fromage…” est une phrase qui ressort dans plus des deux tiers des disputes qui explosent au sein des couples mixtes. Et on estime que 42% des ruptures au sein de ces mêmes couples seraient causées directement ou indirectement par un désaccord fromager (la grande question qui nous agite tous : le smeltkaas goût chilli est-il un fromage comme les autres?)
La vérité:

Cette légende est stupide. Et fausse. Probablement proférée par des peuples jaloux.
Tu entretiens une relation tout a fait saine avec le fromage. Le fromage est un aliment aux vertus thérapeutiques reconnues. Le fromage oh la la c’est la vie. Tu n’es pas obsédé par le fromage, tu penses – à juste titre- qu’un régime alimentaire sain peut se constituer intégralement de comté et de mont D’or.
Rien d’obsessionnel ni de névrotique le dedans. Il est tout à fait naturel d’être déprimé pendant dix jours parce que ces sagouins de chez Voomar n’ont pas renouvelés leur stock de gruyère. Le premier dutch qui se marre je lui confisque son pinda Kaas, il fera moins le malin.

À un moment, il faut savoir faire la différence entre comportement psychotique et bon sens. Le fromage est plein de calcium, de potassium et de zinc. Ces oligos éléments sont indispensables au bon fonctionnement du corps humain, c’est donc faire preuve de bon sens que d’en consommer au quotidien, en dose conséquente.

 

Heureusement, ceux qui prétendent que l’on ne trouve pas de fromage correct à Amsterdam n’ont jamais mis les pieds hors de leur Albert Heijn. Le marché TenKatenmarkt (à 10 minutes en tram de Leidseplein ou de Damsquare) a par exemple un excellent fromager. Et les prix ne sont pas plus élevés qu’en France.

 

 

 

 

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