Cette journée aurait pu être belle, mais elle ne l’est pas. Tu aurais pu aller vivre ta vie dans les rues Amstellodamoise, aller visiter cette expo qui a l’air tip-top, rejoindre tes copines pour un brunch (en admettant que l’on ne soit pas vendredi mais samedi, rapport au travail) ou faire un tour de bateau avec monsieur copain. Malheureusement le destin qui est traitre en a décidé autrement et te voilà cloué au lit, avec des douleurs atroces et les glandes sudoripares en folie. Ton front brulant t’indique que tu as au moins 75 de fièvre. Tu décides donc de ramper jusqu’au médecin le plus proche, celui chez qui tu as fait l’erreur de signer quand tu es arrivé dans le quartier.

IMPORTANT! Avant de courir inutilement chez un professionnel, pose toi la question suivante:
Qu’ai-je bu hier soir?
A) Une Duvels pour commencer, puis une autre (c’est qu’on faisait l’apéro), une bouteille de vin (blanc pour accompagner le poisson), deux shots de jaggermaster (pour digérer) et trois gin-tonics (le date se passait bien, on n’avait pas envie de se quitter.)
B) Je ne me souviens plus.
C) De l’eau, du jus, du coca-cola ou pire… Du thé !
Si tu as sélectionné la réponse A où B tu as la gueule de bois. Tu n’as plus 20 ans et ce n’est pas mal que ton corps soit là pour te le rappeler même si à l’heure actuelle tu souffres atrocement.
Si tu as sélectionné la réponse C tu es malade et tu dois consulter un professionnel de santé néerlandais même si malheureusement l’issue de ta visite risque de s’avérer horriblement frustrante.

 

Un symptôme à la fois.

Tu rampes donc jusqu’au cabinet du docteur Schatje, qui porte bien son nom. Ses cheveux font comme une vague au sommet de son crâne et son beau visage au grand regard vide ne dégage rien d’autre qu’une sensation de néant émotionnel.

À ce moment de l’histoire tu t’es déjà évanoui deux fois dans la salle d’attente et du sang coule abondamment de l’intégralité de tes orifices.

Docteur Schatje te regarde l’air contris. En effet il vient de réaliser en consultant ton dossier médical qu’il te fallait urgemment renouveler ta prescription de pilule, sous peine de te retrouver en rade de contraceptif d’ici trois mois.

En crachant une molaire et ce qui te semble être un épais  morceau  de poumon, tu attrapes l’ordonnance en remerciant, puis tu suggères que tu n’es pas du tout venu pour ça et que tu voudrais qu’on t’examine parceque tu présentes un certain nombre de symptômes qui laissent présager une mort imminente.

Docteur Schatje hausse les épaules, sourit avec condescendance et t’explique qu’il ne peut pas régler plusieurs problèmes à la fois. Il t’invite donc à prendre rendez-vous la semaine prochaine puisqu’il affiche complet jusque-là.

Soudain pris d’un remords, alors que tu titubes jusqu’à la porte, il s’approche, te pose une main supposément amicale sur l’épaule et te gratifie du commentaire suivant :

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D’aucuns me diront que j’exagère, pourtant j’ai vécu cette situation, j’ai entendu ces mots.

 

L’erreur est humaine

Il y a quelques mois, tu es allé consulter car tu observais de drôles de lésions noirâtres sur ta jambe gauche. Le docteur a prescrit quelques tests qui sont tous revenus négatifs. Tu as un peu insisté, on t’a demandé d’arrêter de faire du cinéma et de laisser les gens sérieux travailler.

À présent ta jambe purulente menace de se décrocher à chaque instant, ce qui serait bénéfique rapport à l’odeur de décomposition qui s’en dégage et fait même fuir les pokémons qui peuplent ton quartier.

Alors que tu viens de perdre ton orteil, tu décides de retourner chez le docteur. Le petit doigt nécrosé enveloppé dans un sac en plastique te servira de preuve.

Docteur Schatje est perplexe, oh pas inquiet… L’inquiétude est un sentiment beaucoup trop fort pour le jeune médecin, mais il est perplexe. Tu as réussi à attirer son attention. Quelques examens plus tard l’homme te dit qu’il te rappellera quand il pourra. De toute façon on ne peut plus rien faire pour ton orteil, alors on n’est pas à quelques heures près.

Trois heures plus tard, le voila qui te contacte : “Hey vous n’allez pas le croire, c’est marrant… En fait c’est nous qu’on sait pas bien lire et les tests que vous avez passé il y a quelques mois étaient positifs… Vous avez une gangrène en phase terminale. Il va falloir amputer mais pas sûr que vous surviviez. Appelez le secrétariat pour prendre rendez-vous.”

Toi, comme tu n’as plus rien à perdre tu te rebiffes un peu, et tu lui rappelles que la dernière fois quand tu as craché un poumon par terre et qu’il t’a renvoyé à la maison, ça s’est terminé aux urgences avec des urgentistes qui t’ont traité de crétin, rapport au fait que tu avais trop attendu avant de te soigner.

Silence au bout du fil, l’homme soupire. Il n’est pas agacé, agacé est un sentiment beaucoup trop fort pour le docteur Schatje. Au lieu de cela il sourit sans comprendre et te demande si tu as besoin d’une prescription de pilule.

 

paracetamol formula

Pour toi en exclusivité, la formule du paracetamol, gravée dans le marbre.

 

Naturopathie mon amour

On assiste ces derniers temps à un engouement pour le “vivre sain”. Les marchés fleurissent de légumes nouveaux et de graines en tous genres, à consommer idéalement en smoothie. Ces “superaliments” ont des vertus nutritionnelles censées combattre toutes sortes d’affections.

On se moque parfois de ces hypsters chasseurs de gluten et de lactose. Un truc de riches à la mode (Le prix des aliments et des produits alternatifs n’étant clairement pas destinés aux pauvres à la mode) nous dit-on.

Cependant quand tu sais d’avance que quoi que tu aies, quoi qu’il t’arrive il faudra te battre pour être pris au sérieux lorsque ta santé te fera défaut, l’idée est encore d’éviter de tomber malade en adoptant au quotidien une attitude saine et prudente qui consiste à se couvrir correctement et à ne pas se nourrir exclusivement de Kaastengels.

Et finalement c’est peut-être le résultat qu’escompte la médecine Néerlandaise : une population qui vit suffisamment sainement pour ne pas attraper toutes les merdes qui passent et une population qui ne se rend pas malade toute seule à coup de junk food et d’immobilisme télévisuel.

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