Des fois tu romps avec monsieur copain. Ce sont des choses qui arrivent, même si tu préférerais qu’elles ne t’arrivent pas à toi.

Malheureusement, tu n’as pas de dons supernaturels particuliers et ne parviens donc pas à éviter les aléas de la vie qui pue.

Comme tu n’as non plus 15 ans, après avoir fièrement largué l’objet de ton affection par SMS (parce que tu n’as vraiment aucune face comme disent les jeunes) tu fais le malin. La fin d’une histoire pas toujours heureuse se vit comme un soulagement. En tout cas les 3 premiers jours. Toi tu es au top, la vie est tellement pleine d’opportunités qu’à tous les coups tu vas trouver le moyen de sortir avec Ryan Reynold l’acteur pas si patate et trop sexy. La seule raison pour laquelle tu n’as pas encore couché avec le millionnaire américain? Tu étais en couple! Les 10 000 kilomètres de classe sociale qui vous séparent n’ont bien entendu rien à voir le dedans. Le fait que tu aies tendance à ressembler à une pomme blette le matin au réveil non plus.

 

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Ta meilleure amie te laisse délirer tout ce que tu peux car elle sait, et tout le monde sait d’ailleurs (les bâtards, même pas ils préviennent les puceaux de la rupture dans ton genre), que cela ne durera pas. Un matin, tu vas te réveiller et affronter la réalité : dorénavant tu es seul comme un chien et celui que tu appelais jadis “mon bébé pizza d’amour” est devenu subitement “L’autre conn*rd là” (je reste polie).

Comme Ryan Reynold t’a fait clairement comprendre (en t’ignorant salement malgré tes twits ô combien spirituels) qu’il ne quitterait pas sa femme hollywoodienne pour toi, les possibilités d’un futur heureux s’amenuisent grandement et tu rejoins le clan des déprimés que les potes tolèrent juste parce qu’ils se souviennent qu’un jour, il y a très longtemps, tu as été un humain digne et relativement drôle et que les chances que tu redeviennes cette personne fréquentable ne sont pas encore totalement nulles.
En attendant tu râles. Beaucoup. Tu as tendance à présenter des symptômes de psychose récurrente et tu relates des anecdotes gênantes sur ton ex couple à des gens qui se disent qu’ils ne pourront plus jamais regarder ni toi ni ton ex dans les yeux.
En bref c’est la grosse rigolade.

Heureusement qu’il existe l’alcool pour rendre supportable ce laps de temps qui risque de durer toute la vie, parce que tu sais que tu n’aimeras jamais plus, que tu as laissé passer ta chance et que tu vas mourir seule avec ton poney nain (tu aurais bien pris un chat en rab mais il n’y aura pas de place pour deux animaux domestiques dans tes futures 12 mêtres carrés insalubres), sans personne pour te tenir la jambe, parce que ta mère ne sera pas éternelle et que tant bien même elle le serait, tu sens qu’à J + 1 mois et demi elle commence  déjà à fatiguer de t’entendre gémir.

Tu prétends que tu bois pour oublier ta situation misérable actuelle, mais la vérité c'est que l'alcool te rend émotif et que tu peux te convaincre pendant ces quelques heures d'ivresse que tu vis un genre de grand drame romantique qui va te faucher le Coeur. Alors qu'en vrai ta rupture est tellement sans intérêt que même un réalisateur petit budget convoitant un prix au festival de Sundance n'en voudrait pas comme sujet de film.

Tu prétends que tu bois pour oublier ta situation misérable actuelle, mais la vérité c’est que l’alcool te rend émotif et que tu peux te convaincre pendant ces quelques heures d’ivresse que tu vis un genre de grand drame romantique qui va te faucher le coeur. Alors qu’en vrai ta rupture est tellement sans intérêt que même un réalisateur petit budget convoitant un prix au festival de Sundance n’en voudrait pas comme sujet de film.

Où se souler intelligemment?

Les ruptures et l’alcool sont deux éléments qui semblent indissociables. Il n’y a pas un film, un livre, une série où le hero fraichement largueur / largué ne se soule pas atrocement.
L’alcool aide ceux qui t’aiment à invoquer et ressuciter celui que tu étais quand tu riais encore. Bien entendu, ta bonne humeur alcoolisée présente quelques inconvénients (tu sens la bière et tu postillones sur les gens de ton haleine acidulée, tu parles trop fort, tu pleures en regardant une photo de cochon d’inde- On dirait luiiiiii, il avait aussi le ventre cheveluuuu -…) mais pour ton entourage, c’est toujours mieux que de se trimballer avec une paramécie qui ne sort de sa torpeur que pour insulter les gens qui ont le mauvais goût d’être plus heureux qu’elle.

Pour te venir en aide, je t’ai répertorié trois endroits où l’ivresse ridicule et larmoyante est socialement admise et où tu pourras noyer ton chagrin dans la craft beer sans que le serveur te regarde avec cet air qui suggère que, la vérité, tu fais de la peine!

Le Schuim et son personnel compréhensif

Rien n’est pire qu’un serveur condescendant qui te regarde avec pitié parce que lui est sobre et que toi tu es en train de baver sur la table. Du coup comme tu veux prouver que le gars se trompe et que tu es tout à fait en état de reprendre un onzième verre, tu t’illustres dans une démonstration d’agilité qui ne se termine bien pour personne puisque le serveur se retrouve à ramasser les éclats du verre que tu viens de pulvériser sur le sol en même temps que ton derche qui flirt lui aussi avec le plancher. Le lendemain matin alors que tu finis d’extraire les éclats de verre encore incrustés dans ton derrière tu comprends que tu ne pourras jamais retourner dans l’établissement concerné. Ton amour propre est catégorique sur le sujet.

C’est là que le Schuim intervient. Ce lieu connu de tous te permet de te souler pour pas trop cher dans un environnement qui n’a rien de glauque (des fois des mecs viennent mixer le samedi soir et, plusieurs fois par an, un artiste urban street art vient repeindre les murs avec des compositions très (parfois trop) personnelles).
Situé dans le centre, à deux pas de la place Dam, ce lieu est facilement accessible en rampant.

L’avantage de ce café qui pourrait ressembler à tant d’autres, c’est que le personnel (serveurs et patron compris) est complètement torché à longueur de journée. Les mecs ne font même pas semblant et picolent ouvertement devant la clientèle. Face à un tel niveau d’alcoolémie constant et généralisé je suis sidérée par la propreté de l’endroit et la qualité de la nourriture : c’est délicieux et convivial!
Peut-être que dans tout cet imbroglio alcoolisé, le chef seul a réussir à rester abstinent?

Quoi qu’il en soit, te souler lamentablement au Schuim t’évitera les regards mi-complaisants / mi-inquiets du taulier puisqu’il est dans le même état que toi et donc ne te juge pas.

En plus c'est un bel endroit! Parce que comme a dit quelqu'un de visiblement très inspire : Il vaut mieux pleurer dans une limousine que dans le metro.

En plus c’est un bel endroit! Parce que comme a dit quelqu’un de visiblement très inspiré : Il vaut mieux pleurer dans une limousine que dans le metro.

Het Schuim : Spuistraat 189, Amsterdam

Le food Halen ou le malaise social

Le food Halen est un endroit branché. J’ai longuement pensé à faire une chronique sur cet endroit phare de la vie culinaire Amstellodamoise mais au final tu en as déjà tellement entendu parler que j’ai décidé, pour une fois, de t’épargner mes sarcasmes. Surtout que mon hôpital se foutrait grandement de ma charité puisque j’y traine mes guêtres. Parfois même en solo.

Tu pourrais rester digne chez toi et te taper le pot de Jen and Berry en matant Sister Wives et en envoyant des SMS cryptiques à ta soeur mais franchement à quoi ça sert d’être malheureux si tu ne peux pas exposer ta face au monde entier? Et vu que dernièrement le monde entier se réunit à De Hallen tu tiens là une occasion en or de pomber la soirée d’un maximum de gens avec ta tronche de panda mal embouché.

Tu le reconnais volontier : A ce moment très précis de ta vie tu ne présentes pas aussi bien que tous ces gens très bien habillés qui rient entre amis… ou pire… entre amoureux et cela te rappelle que cette fin d’année pue l’échec et qu’il serait bien que ce sentiment soit partagé de manière universelle.. Alors n’hésite pas à doubler les gens dans la queue pour aller acheter à manger et installe toi prêt d’un couple à l’air amoureux avant d’exploser en larmes bruyamment. Toute émission de miasmes de type postillon, bave et morve est fortement encouragée. Tu pourrais décider de te rendre au temple de la hype foodie accompagné d’un(e) ami(e) mais je te le déconseille . Ces gens là sont fourbes et tu ne voudrais pas te retrouver avec un moral en hausse et un sentiment de satisfaction en quittant l’endroit. L’idée c’est que tout le monde passe un très mauvais moment.

Ne choisis que des aliments que l’on mange avec les doigts, les gauffres et les huitres sont très recommandées car tu en mets partout et cela te permet de dégouter les gens (attrape ton huitre entre le pouce et l’index et brandie la fièrement avant de l’aspirer dans un grand bruit de succion). Cela ne devrait pas être difficile, le lieu tenant plus du poulailler industriel que du salon cosy cosy, il y a forcément une dizaine de personnes au moins à moins de 10 cm à la ronde pour assister à ton petit numéro.
Les gens dégoutés par ton malheur visuel et sonore devraient déguerpir écoeurés et qui sait? Peut-être laisseront-ils un fond de verre quelconque qui te permettra de boire gratuitement afin d’être complêtement soul.

 

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Regarde comme ces gens ont l’air heureux.

 

Food Hallen, Bellamyplein 51, Amsterdam

 

L’Eve Naar, l’endroit où tout fini:

il est très important de ne fréquenter cet établissement que quand tu as vraiment touché le fond. Par exemple si tous les serveurs du Food Halen ou pire, du Schuim, refusent de te servir, parce qu’on veut bien comprendre que tu es très malheureux mais à un moment il faut savoir poser des limites et tu les as franchies il y a bien trois heures.

Fréquenté exclusivement par une faune ivre morte, même à 14 heures de l’après-midi, cet équivalent du bar PMU, t’accepte comme tu es : sale, le visage bouffi de larmes et de cirrose. Tu pourras y rencontrer des compagnons de route pour te régaler de considérations philosophiques qui, sache-le, n’auront aucun rapport avec ta situation actuelle.

À la différence du Schuim et du Food Halen ce bar n’est pas fréquenté par les bonnes gens et un vieux français qui se croit drôle y braille des clichés qui flirtent avec le racisme pur à qui veut l’entendre à longueur de journée.

Tu as eu le malheur de t’y arrêter quand tu étais encore une personne socialement intégrée avec l’autre là à l’époque il s’appelait encore “boubinou bobinet d’amour” et ce jour là le dédain t’avait saisi à la gorge. Tu ne serais  jamais comme cette fange humaine qui noie ses soucis dans l’alcool. La souffrance c’est pour les faibles, pas pour les snobs de ton espèce.

Qui rigole bien qui rit le dernier à present ? Les mecs du Eve naar qui ne sont pourtant pas rancuniers, t‘inviteront chaleureusement à boire avec eux sans jamais faire le moindre commentaire, quel que soit la quantité consommée et ce que cette dernière te pousse à faire.

 

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Eve Naar : 390 Kinkerstraat, Amsterdam

 

Et toi? Où aimes-tu aller quand tu subis les turpitudes de l’amour?

 

 

 

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